Interview de Carima Louami

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réalisée le 20/02/2012
En équipe de France Sénior depuis 2004, Carima Louami, 32 ans, sprinteuse sur 60m, 100m, 200m et relais 4x100m, vise actuellement une qualification pour les Jeux Olympiques de Londres de 2012.

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Comment se prépare-t-on pour les jeux ?
«Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte. Bien sur, l’entraînement physique, mais aussi ce que j’appelle l’entraînement invisible c’est-à-dire la récupération, l’alimentation et la préparation mentale. Ce sont trois grands volets, trois fondamentaux à la performance.»

Tu parles justement de la préparation mentale, quelle est pour toi la part du mental dans la performance au sprint?
« 50%! Tout d’abord, il y a plein « d’intox » avec les adversaires et il y a également le stress, et tout ce qu’il y a autour. Mais aussi tout ce que l’on ne peut pas forcément prévoir à l’avance et qui joue sur le mental. Le fait de se préparer au maximum à tous ces petits détails permet d’être au maximum au niveau de sa peformance.»

Tu parles du stress, comment arrives-tu à gérer ce stress ? A quel moment devient-il maximal ?
« Plus on s’approche de l’heure de la compétition, plus sa monte ! Pour le gérer, il y a différentes façons : soit je fais en sorte d’être centrée sur moi par la respiration, soit je travaille sur l’imagerie mentale.»

Revenons sur le passé et le meeting de Liévin. C’était « chez toi ». Comment as-tu abordé ce meeting et quels souvenirs en as-tu ?
« C’était un bon meeting, j’en garde un bon souvenir d’un point de vue sportif mais aussi d’un point de vue du spectacle ; il y avait vraiment beaucoup de monde et les choses s’enchainaient. Il y avait un super beau plateau dans ma discipline. Même si je le savais, je ne me suis pas dit « je suis chez moi ». J’ai essayé justement de ne pas me mettre la pression parce que c’était chez moi. Je savais qu’il allait y avoir des amis, de la famille, donc j’ai essayé de faire comme si c’était un meeting comme les autres. »

Juste avant ce meeting, tu as battu ton record aux 60 m en 7’’30. Comment expliques-tu cette performance ?
Je l’explique parce que même si on veut toujours battre ses records et s’en approcher, je ne me suis pas mis ça dans la tête. Je suis allée à cette compétition au Luxembourg en essayant d’appliquer tout ce que j’avais assimilé à l’entrainement et en préparation mentale, en restant centrée sur moi, que sur moi, et c’est passé ! Maintenant, la difficulté après cette compétition est que l’on se donne des objectifs qui ne sont pas forcément les bons.

Comment gères-tu d’être actuellement la meilleure « performeuse » en France ?
Ce n’est pas le fait d’être la meilleure performeuse française actuellement qui a bousculé mes projets; c’est le fait d’être proche des minimas pour les Championnats du Monde qui m’a fait oublier le principal objectif.

Le fait d’avoir battu ton record met en confiance…
Oui, j’étais contente et cela met encore plus d’envie dans ma préparation mais je pense qu’à un moment donné, j’ai eu trop d’envie, ce qui a complètement changé mon schéma de course. Par exemple, lors d’une course récente, j’ai bien couru avec un chrono de 7’’35. Mais en finale, j’avais trop d’envie et j’ai réalisé un faux départ parce que je me suis dit que j’allais me qualifier pour les Championnats du Monde. C’était une bonne course avec de bonnes concurrentes et j’ai perdu les pédales… Je me suis trompée d’objectifs.

Tu parles d’envie. Pourrais-tu décrire les émotions qui pour toi sont fondamentales dans le sprint pour être performant ?
Pour moi, il faut du plaisir aussi bien à l’entraînement qu’en compétition. L’envie mais pas trop pour trouver l’équilibre. La maitrise de ses mouvements, tous les automatismes que je peux apprendre à l’entraînement et une fois que tout est intégré, on peut avoir la course parfaite. Jamais de regret.

Qu’est ce qui te manque encore maintenant pour performer encore d’avantage, comme par exemple pour atteindre ces minimas ?
Il me manque plus de maitrise dans mes courses car je ne cours pas toujours de la même façon à chaque fois. J’aimerais avoir toujours le même type de course. Je peux bien partir ou mal partir, bien finir ou mal finir. J’aimerai avoir une course identique du début à la fin.

Quel souvenir gardes-tu des JO ?
Pour tous les sportifs, les JO, c’est le summum, c’est la finalité dans une carrière d’une sportive ! J’en garde un bon souvenir : comme le stade et le fait de rencontrer plein de sports différents, tout est grand !!

Y a-t’il une pression extrêmement forte quand on est là bas ?
Non, pas tellement. C’est plus après, quand on rentre qu’on se rend compte qu’il y avait autant de monde et que c’était magnifique. Sur le coup, on vit la chose donc je pense qu’on n’a pas assez de recul. Tu vis l’instant présent et c’est en rentrant que tu te rends compte de l’évènement et que tu « atterris ».

Comment as-tu réussi à dépasser tout ca ?
Je pense que ça a été long avec des blessures et des contre performances. Maintenant, c’est passé et j’en garde un bon souvenir.

Les JO de Londres arrivent bientôt. Comment les vois –tu ?
C’est à côté de chez moi alors je me dis que si j’y vais, il y a pas mal de monde qui pourra venir me voir. Je les vois comme une fête. Je crois que je les vivrai différemment de ceux de Pékin. Ma façon d’approcher l’évènement est beaucoup plus différente. Je pense qu’aujourd’hui, je suis beaucoup plus professionnelle dans mes intentions et je savoure plus les moments clés… beaucoup plus dans le plaisir et dans l’instant !

Comment arrives-tu à gérer les différents projets sportif, personnel et professionnel ?
Je trouve que je les gère assez bien ! J’ai une convention d’insertion professionnelle: je travaille pour la direction de la jeunesse de la ville de Tourcoing depuis fin 2005. J’ai d’abord commencé en CDD puis j’ai passé un concours que j’ai obtenu. Là, en 2011, je passe le concours catégorie B ; j’ai donc pris mon temps de 2005 à 2011 pour me former. Concernant ma vie privée, je m’octroie des temps avec mon conjoint. Je suis détaché à 50 % et j’espère bientôt à 70 %. J’ai une dotation ASICS mais je n’ai plus de contrat ASICS ; je n’ai pas de partenaire privé.

Est-ce difficile de gérer les trois ?
J’ai trouvé le bon équilibre. J’ai vraiment des temps pour ma vie personnelle. Dans une semaine type, je travaille un peu, je vais à l’entraînement et le week end, quand je n’ai pas de compétition, c’est famille, privée. C’est un juste équilibre.

Bonne chance pour les championnats de France !

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